On l'a lu

Versus Fighting Story, imparfait mais sincère

Un manga sur le jeu de combat, voila qui n'a rien de commun ! C'est pourtant le défi que Versus Fighting Story se propose de relever. Alors pari gagné ou victoire par KO ?
Fight !

Versus Fighting Story est un manga sur le jeu de combat et plus particulièrement le jeu de combat en France. Il raconte l'histoire de Max Volta, un joueur doué mais arrogant entrainé par son oncle et qui, à la faveur d'une victoire lors d'un tournoi de Street Fighter 5, va devenir un joueur professionnel. Le rêve est cependant de courte durée quand Max se fait rincer par un joueur japonais et évincer de son équipe. Quelques temps plus tard, et alors que le milieu compétitif du jeu de combat devient une affaire d'argent où leaders et équipes se tirent la bourre pour obtenir les meilleurs joueurs, une inconnue propose à Max de la rejoindre pour former une équipe iconoclaste sous la houlette d'un joueur légendaire : TKO le destructeur.

Si le scénario de ce premier volume de Versus Fighting Story est correct bien que classique, il peine cependant à démarrer et met un poil trop de temps à convaincre de son intérêt. Pendant un bon quart du manga on se demande où l'on va, de quoi on parle vraiment. On se prend même à questionner le bien fondé du récit qu'on a dans les mains. Quel intérêt de faire un manga sur le jeu de combat plus que sur un autre sport ? Pourquoi devrions-nous en avoir quelque chose à faire du jeu de combat ? Alors que le volume nous tombe un peu des mains, intervient ce qui est probablement sa meilleure scène. Dans une chambre emplie de jeux et de sticks arcade, l'oncle Volta apprend patiemment à son neveu ce que c'est que le jeu de combat. En quelques pages simples et plutôt touchantes, le petit Max fait son premier dragon anti-air et comprend les rudiments du mindgame et le plaisir qu'on en retire. Il comprend et nous avec à quel point le jeu de combat peut être fascinant, fun et addictif. Et enfin Versus Fighting Story semble trouver le ton qui lui manquait jusque là.

Cette sincérité et bienveillance envers le jeu de baston est ce qui permet ce premier volume d'éviter la catastrophe. Car dès qu'on sort de cet angle le manga peine à tenir debout. Le récit explore avec succès son thème principal, ce qu'on gagne et perd à faire de notre passion un métier (une interview de Luffy en fin de volume est d'ailleurs parlante à ce sujet). Il parvient aussi, de temps à autres, à créer toute une mythologie autour de certains personnages souvent inspirés du monde réel comme TKO le destructeur, inspiré de TKO le co-fondateur de la salle d'arcade parisienne Versus Dojo. Le reste du récit, bien plus banal, consiste à suivre un Max Volta sans charisme ni épaisseur se faire balader un peu partout pendant que des équipes e-sport tentent d'assurer leur domination lors du Capcom Pro Tour via de sombres machinations.

Inutile de dire qu'on adhère donc peu aux enjeux e-sportifs pour préférer les passages plus décalés, quand le récit oublie qu'il doit suivre un fil rouge et part dans des délires absurdes sans rapport avec le scénario. Concours de pierre-feuille-ciseau, jeux de mots bas du front, caméos improbables de personnes existantes, déballage inutile de savoir sur le rétro-gaming ou stratégies de victoire totalement farfelues font passer le récit dans une dimension parallèle qu'on aimerait plus présente ! Notamment dans les combats, qui sont le plus gros échec du manga. Versus Fighting Story ne brille pas par sa mise en page qui est peu inventive. Mais en sortant le papier calque pour reprendre tels quels les combats de Street Fighter 5 (vue de profil, personnages dans le style du jeu), il tue complètement leur dynamisme et ce malgré les explications techniques ou commentaires en surimpression qui sont une bonne introduction au genre.

Là où on aurait pu imaginer de chouettes bastons avec des personnages de la série accompagnés de leur "maître" façon stands de Jojo Bizarre Adventure, on se retrouve avec des cases grises toutes statiques, répétitives et ennuyeuses. L'ensemble n'est malheureusement pas aidé par le dessin au style trop amateur pour convaincre. Le contraste entre le trait trop peu mature et les cases utilisant des photos fait cache misère. Le design des personnages (hormis ceux inspirés du réel) est d'ailleurs quelconque et ressemble beaucoup trop à un projet amateur.

Ainsi en tant que manga Versus Fighting Story est plutôt décevant. Mais son pari de présenter sincèrement et sans filtre le milieu du jeu de combat est une réussite. Certes encore timide mais qui on l'espère sera renforcée dans le second volume. Un peu à l'image du jeu de combat Versus Fighting Story semble manquer de moyens, de recul et se rêve un peu plus grand qu'il ne l'est vraiment. Et tout comme le jeu de combat il est d'une sincérité désarmante quand il cesse de prétendre être quelque chose d'autre que ce qu'il est.

On ne le conseillera donc pas à ceux qui cherchent un manga sur l'e-sport (comme la promo de son éditeur le laisse entendre) mais plutôt à ceux qui voudraient comprendre ce qui motive les joueurs à jouer, Ken Bogard à commenter et nous-autres à écrire et podcaster le jeu de combat. La réponse pourrait bien se trouver au cœur du manga.

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