La théorie du ruissellement dans le jeu de combat et l'E-Sport

Publié le 07/01/2019

Pour King Hippo, la scène compétitive du jeu de combat a hérité de certains des pires travers politiques conservateurs qu'on trouve dans l'E-Sport. Avec sa permission nous republions et traduisons son analyse, issue de sa série d'articles sur le sujet, "Politically Incorrect".

Quand j'ai commencé à écrire il y a un an, l'un de mes buts était d'expliquer pourquoi « l'E-Sport ». Il fallait donc trouver un moyen d’expliquer que la mondialisation de la compétition professionnelle de jeux vidéo, en plein essor depuis quelques années, était souvent en contradiction avec le style et les principes de la communauté du jeu de combat (FGC) au sens large.

Certes, l'argent est le bienvenu, mais avec lui arrivent des contraintes et une sorte d'homogénéité qui, à mon avis, ne sont pas très bien acceptées par la très diverse FGC. Revenons à nos jours pour constater que je me suis peut-être fourvoyé. L'E-Sport n'est en soi pas un concept terrifiant : de grosses récompenses pour gagner des tournois diffusés à l'échelle mondiale dans des arènes ? Retransmis en direct pour des centaines de milliers, si ce n'est des millions de spectateurs ? C'est incroyable ! Payer des gens pour aider à organiser un programme professionnel et commenter l'action ? Fantastique !

Cependant, des points récurrents qui résument l'essentiel de ma frustration envers l'E-Sport me sont apparus. Ce que je déteste le plus dans le modèle actuel de l'E-Sport c’est son état d’esprit profondément conservateur, qui n’est pas sans rappeler celui en vigueur depuis des décennies aux États-Unis.

Ce système de croyances crée des inégalités et des privilèges. Il établit une hiérarchie parmi les joueurs, avec pour objectif que certaines personnes gagnent beaucoup d'argent tout en étant encouragées à le faire par les moins bien lotis. Il fut un temps où j'étais confiant et pensais que la FGC rejetterait ce modèle, car il va à l'encontre de la plupart de ses principes. Mais en prenant du recul, j’ai constaté que ce modèle a su s'imposer lentement mais sûrement. La FGC moderne a hérité de certaines des pires caractéristiques du conservatisme politique. On peut le trouver non seulement dans les grands événements et structures E-Sport, mais également dans la culture internet.

Il y aura probablement des gens qui liront ceci et se diront « LOL les gens rapportent tout à la politique de nos jours », puis proféreront des insultes à mon encontre. Je serai ravi de les rediriger vers le Dictionnaire Merriam-Webster et sa définition de la politique, qui la déclare comme étant « la totalité des relations complexes entre les personnes vivant en société ». Nous vivons dans une société (la FGC) et notre vie de tous les jours est plus ou moins définie par nos relations aux autres. Donc oui, vous avez plutôt intérêt à croire que la politique personnelle rentre en ligne de compte ici, là, et partout ailleurs. Faites avec.

Créer des stars

Bref, retournons à nos moutons. Je pense que le meilleur exemple de conservatisme installé à la table de la FGC, est la manière dont la plupart des événements majeurs tournent autour de la série de tournois du Capcom Pro Tour. Sur le papier, le Tour ne semble pas si mal. Street Fighter V, le seul et unique jeu de la série de tournois, est un des jeux les plus populaires de la scène. Chaque personne qui s'inscrit à ces tournois ouverts a non seulement une chance de s'accaparer le prestige de la victoire, mais également une chance de gagner encore plus d'argent par la suite. Les finales de la Capcom Cup étaient à l’origine un bon moyen pour repérer des joueurs qui avaient eu du succès ici ou là, mais n'avaient pas encore réussi à se démarquer. Par exemple Saul « MenarRD » Mena, qui, issu de la petite scène de République Dominicaine, réussit à se qualifier et gagner le gros lot en 2017.

Menard recevant son chèque de 250 000 dollars après sa victoire à la Capcom Cup 2017. ©Capcom

Il y a toujours eu des soucis, mais je dirais que pendant un moment, le Capcom Pro Tour s’est montré digne de sa thématique « World Warrior », grâce sa portée globale et son format de tournoi en grande partie ouvert. Mais clairement, les patrons de chez Capcom n'en étaient pas satisfaits.

Le modèle E-Sport de Capcom est très dévoué à la création de « Stars » afin d'engendrer plus de succès « grand public » pour les jeux de combat. L'idée est que si les joueurs/créateurs de contenu les plus présentables et populaires sont sur le devant de la scène, alors l'argent et de précieux spectateurs en découleront naturellement.

« La clé du succès de l'E-Sport FGC est de supporter et fabriquer des stars. Plus grandes seront nos stars, plus grand seront le sport, les joueurs & les créateurs de contenu. »
— John D (@diamonon) 07/05/2017
John D. est le directeur des programmes E-Sport de Capcom USA au moment de ce tweet
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Ce que les marketeux oublient de mentionner, c'est que le plan « Stars » ne fonctionne que s'il n’y a une séparation inhérente entre les « Stars » et les gens comme les autres, c’est à dire les « Amateurs ». Je laisse Christopher « Montecristo » Mykles, commentateur et entrepreneur E-Sport notamment dans League of Legends, expliquer pourquoi Pros et Amateurs ne peuvent pas fonctionner en tandem, dans une réponse à Richard Lewis, ancien présentateur de la ligue e-sport Eleague.

« Les pros vont bien. Tout ce que j'ai fait à l'Eleague, c'était pour ces gars-là. Ils ont du talent, de la personnalité et ils méritent d'être payés. C'est les amateurs, les gens qui n'ont rien d'autre que les sessions locales dans leur vie, qui débitent toute cette merde anti-esport. La raison est évidente ».
— Richard Lewis (@RLewisReports) 03/05/2018
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« C'est tellement dommage. Si les équipes avaient plus de garanties que les top players passeront sur le stream comme à l'Eleague, plutôt que de se soucier du fait qu'ils puissent se faire disqualifier par un mec au pif durant les open brackets, alors les pros pourraient gagner plus d'argent »
— MonteCristo (@MonteCristo) 03/05/2018
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Je reviendrai à la tête de noeud à qui il répond un peu plus tard, mais Mykles, regardant le problème de manière purement marketing, comprend que le seul moyen pour que les sponsors s'intéressent à la scène baston et y investissent, est que les équipes/joueurs qu'ils sponsorisent aient une exposition garantie. Le meilleur moyen d’y arriver, évidemment, est de créer un environnement de type « invitational » pour que l'événement puisse être commercialisé. Gagnants ou perdants, les joueurs recouverts entièrement de logos de sponsors y seraient largement exposés, donc les personnes qui possèdent l'argent seraient satisfaites. Quant aux joueurs, ils auraient la chance de jouer avec beaucoup d'argent à la clé.

Piper les dés du CPT

Le problème d'intégrer ce système dans la FGC est qu'elle est composée principalement de tournois ouverts, qui introduisent un grain de sable dans une mécanique qu’on aimerait mieux huilée. Un joueur « pro » peut se faire disqualifier par un mec « au pif ». Si cela arrive, adieu l’opportunité de montrer les logos des entreprises qui ont fait le périlleux choix d’investir dans des équipes en échange de temps d’antenne !

Il est clair que ce problème devait être adressé, mais déraciner la façon dont les tournois sont structurés est une tâche herculéenne. Aussi, plutôt que de prendre le taureau par les cornes, la situation change pour un autre axe. Et si les personnes qui signent le chèque pour un gros Tour d'un an faisaient subtilement en sorte que les dés soient pipés en faveur des joueurs les plus commercialisables ? Ceux qui ont un salaire, un financement de leur voyage, bref ceux qui rendraient le Tour plus beau ?

C'est là qu'arrive le Capcom Pro Tour 2018 ! Comme pour les années précédentes, le tour est divisé en trois catégories : Evolution, le plus gros tournoi de l'année, Premiers Events, les très gros tournois et Ranking Events, qui sont les événements régionaux et tournois en ligne. Chaque événement, sur une période d’environ dix mois, donne à ses joueurs les mieux placés des points pour le tableau mondial des scores. Les 26 joueurs les mieux placés sur ce tableau sont invités aux finales de la Capcom Cup.

Le tableau du classement des joueurs du Capcom Pro Tour avec sur la droite le total de points accumulé. © Capcom

Parallèlement, les événements Ranking donnent aussi des points sur un tableau des scores régional, en rapport avec l'une des quatre régions (l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud, l'Asie et l'Europe) où se passent les événements. Les gagnants des finales régionales, des tournois où les meilleurs de chaque région s’affrontent, sont également invités aux finales de la Capcom Cup. C'est confus mais cela fonctionne. Quelques régions d'ordinaire effacées réussissent ainsi à envoyer un joueur à la Capcom Cup afin d'en découdre sur la scène mondiale.

Il y a plus de Ranking Events que de Premier Events. Les Premiers Events ont donc une valeur moindre, ce qui paraît normal, tout comme séparer les tableaux des scores régionaux et mondiaux pour que chaque région ait une chance d'accéder aux finales. Cependant, entre 2017 et 2018, non seulement le nombre de tournois totaux du Capcom Pro Tour a baissé, mais ils ont drastiquement réduit le nombre de points que l'on peut gagner à un événement Ranking. Ils ont aussi baissé l'échelle des points et changé la portée régionale des tournois.

La répartition des points du Capcom Pro Tour 2017 (en haut) et 2018 (en bas). © Capcom

On est mieux récompensé pour s'être placé top 2 à l'Evo ou aux Premier Events, mais les Ranking Events engagent désormais beaucoup trop peu de points pour qui ne se placerait pas 1er. De plus, la disparité régionale est énorme. L'Amérique du Nord a 9 Premiers Events, l'Asie en a 5, l'Europe en a 3 et l'Amérique du Sud 1 seul, unique finale régionale vers la fin de la saison. Les Ranking Events, surtout dans des régions qui manquent de compétition comme l'Amérique du Sud, étaient un moyen pour les moins fortunés de récupérer des points et de rester dans la compétition, même s'ils n'avaient pas autant d’opportunités que les autres joueurs.

Des gains mal répartis

En 2018, à moins de participer à au moins deux ou trois Premier Events et se placer très haut, faire uniquement des Ranking Events ne permet pas d'arriver en finale. Le champion de la Capcom Cup 2017 et le champion de l'Evolution 2018 sont respectivement d'Amérique du Sud et d'Europe. Mais leurs régions n’ont pas un statut privilégié et les joueurs locaux qui ont permis à ces champions de progresser doivent faire avec des Ranking Events désormais dévalués. Pour sortir de cette situation, il faut être prêt à dépenser énormément d'argent dans les voyages et les séjours à l'hôtel, pour juste une chance de peut-être grappiller quelques points.

Et si un joueur réussit à braver l'impossible, se place très haut à l'un de ces événements en voyageant de sa poche ? Il ne serait probablement même pas récompensé, la faute à un système draconien de répartition des lots, utilisé dans la plupart de ces tournois. Par exemple les récompenses de l'Evolution 2018 n'étaient distribuées que parmi les joueurs du top 8, les répartissant comme ceci : 60% pour le premier, 20% pour le second, 10% pour le troisième, 4% pour le quatrième, 2% pour le cinquième et le sixième, 1% pour le septième et le huitième.

La répartition des gains du Capcom Pro Tour 2018 est fortement inégalitaire avec notamment un gain de 500$ si on se place entre la 17ème et 24ème place.

Pour un tournoi de plus de 2000 joueurs, je trouve cela très étrange que se placer dans les 1% des meilleurs joueurs ne rapporte que approximativement 1% du total du prix, comme s’il n’y avait pas suffisamment d'argent à partager. Le tournoi a brièvement tenté de changer la donne en 2013, où la répartition du prix fut alors 36/22/10/8/7/7/5/5. Mais cela engendra des plaintes, autant de la part des joueurs moyens que des meilleurs joueurs. Parmis ces plaintes, la plus récurrente était que le gagnant n'était pas suffisamment récompensé. Il y avait sans doute un juste milieu à trouver entre ces deux cas de figure, mais pourquoi s'embêter à faire des concessions quand les joueurs en font tout un plat ?

Le système du Capcom Pro Tour 2018 repose donc complètement sur l'idée du joueur « Pro ». Il est organisé de telle façon que se placer haut à des Premier Events, rappelons-le inégalitairement répartis, soit une nécessité pour arriver aux finales de la Capcom Cup. Il réduit drastiquement la distribution de points des Ranking Events, plus fréquents, afin de s'assurer que seuls les gagnants (qui encore une fois sont les personnes possédant déjà le plus gros avantage dans la compétition) puissent briller.

Vient s’ajouter une répartition toute aussi inégalitaire des prix. Cela signifie que les joueurs professionnels, qui peuvent déjà gagner via leur talent, gagnent plus d'argent, voyagent plus, s'améliorent en permanence et donc perdent moins. Ils finissent par se faire sponsoriser, quittent parfois leur emploi, jouent plus et donc perdent encore moins. Les autres ne peuvent plus percer dans ce milieu car la répartition des prix n’offre des opportunités qu’aux deux meilleurs. Je ne dis pas que le stress du voyage n'est pas un facteur ou que la compétition pour le sommet n'est pas rude, mais il est difficile de nier le fait que pour la majorité des joueurs, ces changements ne font pour ainsi dire qu'enrichir les riches.

La théorie du ruisselement

Alors, on pourrait se dire « Ouais cool, le CPT tout ça, mais c'était quoi ce blabla sur la politique au début » et je vous remercie d'avoir posé la question ! Le CPT 2018 donne aux joueurs déjà forts plus d'opportunités de s'en sortir et de se faire remarquer. L’idée étant que via leur renommée, ils amèneront plus de gens dans la scène et la feront grossir. Cette méthode est une variante de la politique classique d'économie conservatrice qu’on appelle la théorie économique du ruissellement.

Cette théorie est souvent renommée « économie de l'offre », « Reaganomics » ou en encore « premier de cordée » en France. Dans le fond il s'agit de la même chose. Renforcer les riches et les privilégiés en rendant leur chemin vers la richesse plus facile d'accès, dans l'espoir qu'ils dépenseront plus et que l'argent qu'ils investissent dans l'économie nationale « ruissellera » jusqu'aux classes moyennes et pauvres. Et comme on pouvait s'y attendre de la part de personnes à qui l'on a offert un chemin dénué d’obstacles vers la fortune, c'est un ramassis de conneries.

Les unes après les autres, les études ont prouvé que de plus grandes inégalités ne motivent pas les gens à travailler plus car il s'agit d'un jeu truqué, où il est extrêmement difficile de sortir son épingle du jeu. L'argent qui est censé « ruisseler » est souvent amassé en toute discrétion par les milliardaires qui souhaitent simplement en avoir plus, toujours plus. Les personnes marginalisées sont manipulées afin de travailler plus pour moins d'argent, alors que leurs employeurs se font plus d'argent qu'ils n'en avaient jamais gagné auparavant. Nous vivons dans une période de richesse inimaginable et pourtant l'écart de revenus est presque le pire qui ait existé.

Encore pire, les personnes qui détiennent tout l'argent corrompent les hommes et femmes qui ont le pouvoir de faire changer ces politiques à la mords-moi-le-noeud. Nous avons donc vu défiler presque quarante ans de présidents à tendances conservatrices qui réduisent constamment les taxes des riches et qui n’améliorent absolument pas la situation des petites gens.

Cela ne devrait pas être une surprise qu'un tournoi mondial avec une répartition de prix et une structure aussi inégales aient touché la FGC. Ce style fondamentalement conservateur est également au cœur de beaucoup d'autres initiatives dans l'E-Sport. Kotaku a effectué un excellent reportage sur la situation difficile de la scène compétitive de Dota 2. Elle voit ses tournois tiers ainsi que ses joueurs forts souffrir car l'énorme pactole de la scène se concentre autour des vainqueurs et de la seconde place, sur un seul tournoi, The International. Il est monnaie courante que des équipes entières soient forcées d'être dissoutes si elles ne ramènent pas le gros lot lors de ce tournoi.

Tout comme dans la FGC, essayer de jouer à Dota 2 compétitivement est plutôt simple comparé à la paperasse et au capital-risque nécessaires pour, disons, une équipe compétitive d'Overwatch. Mais la course folle dans laquelle il faut entrer est encore plus brutale que les régulations de Blizzard. Pour en vivre, il n'y a réellement d'autre option que d'entrer dans la compétition et de se qualifier pour The International, qui totalise plus de la moitié de l'argent à gagner chaque année.

Qu'est-ce que ça ruisselle dis-donc ! On répète souvent à la FGC que les « crises de croissance » de l'intégration dans l'E-Sport s'estomperont quand plus d'argent et de joueurs entreront dans la scène. Mais il est plutôt évident que les problèmes sont les même que sur Dota 2. L'argent est uniquement concentré autour de quelques-uns et n'est pas distribué de manière égale. Certains des meilleurs joueurs de Dota 2, jeu E-Sport ayant le plus gros lot chaque année rappellerons-nous, ont des revenus annuels équivalent au seuil de pauvreté. La FGC n’a-t-elle ne serait-ce qu'une chance ?

Détruire à la racine

On s’imagine que les gens influents de la scène, prétendant défendre les intérêts des joueurs en premier lieu, feraient quelque chose pour résoudre ce problème. On s’imagine qu'ils considèreraient cette inégalité comme inacceptable. Malheureusement, comme en politique, ceux qui font l'E-Sport savent très bien qu'il y a des écarts gigantesques entre ce que les joueurs gagnent. Et ils s'en fichent, car ils se font de l'argent, indépendamment de la façon dont est traitée la majorité des joueurs.

Plutôt que d'utiliser leur influence pour peut-être, possiblement, obtenir une régulation afin d'aider les joueurs et les équipes à rester à flot, on les voit ricaner à l'idée que les gens dénués de droits puissent souhaiter changer le statu-quo.

Lorsqu'ils sont sollicités quant à la division entre les « Pros » et les « Amateurs », voici quelques morceaux choisis de quelques vétérans de l'E-Sport ayant mis un pied dans le jeu de combat :

« Je sais bien que la FGC sont les militants communistes du jeu vidéo. »
— MonteCristo (@MonteCristo) 04/05/2018
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« Alors qu'ils aillent se faire foutre. Les pros de la FGC pourraient vivre comme le reste de l'esport s'ils se distanciaient simplement des losers qui ont besoin de la scène parce que c'est tout ce qu'ils ont. Ces gens-là ne seront jamais pros. Pourquoi les laisser définir les règles ? »
— Richard Lewis (@RLewisReports) 04/05/2018
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« Oui, c'est comme ça que ça marche pour TOI. C'est nul pour tous les pros que tu emmerdes. »
— Richard Lewis (@RLewisReports) 04/05/2018
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« Alors elle peut rester amateur à jamais, c'est nul pour tous les joueurs talentueux qui se font enfoncer par un loser qui sait pas jouer et finit 186ème à chaque événement, mais qui a besoin de cet aspect communautaire parce qu'il n'a aucun projet dans la vie. Génial ce système. »
— Richard Lewis (@RLewisReports) 04/05/2018
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« Tu vois tu ne comprends pas ce dont parlent les personnes intelligentes. Ce que l'on veut dire c'est qu'ils freinent la scène toute entière en gardant les événements petits, amateurs, en faisant fuir les sponsors, en rejetant la valeur de production qu'apporte l'esport etc... Continuez comme ça ou dégagez. »
— Richard Lewis (@RLewisReports) 04/05/2018
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On pourrait se demander pourquoi ces gens sont aussi désagréables. Ils ne peuvent pas sucer la FGC jusqu’à la moelle, et alors ? Ils ont d'autres communautés telles que League of Legends, Counter Strike : GO, et bien d'autres encore non ? Faux.

Ils se voient comme des maîtres de la monétisation pour toutes formes de jeu vidéo. Ils ne s'arrêteront pas tant qu'ils ne l'auront pas fait aussi à la FGC. Dinesh D'Souza, ancien conseiller politique de Ronald Reagan, disait des conservateurs qu’ils veulent conserver les « valeurs » de leur société. Mais ils sont souvent ralentis si ladite société est « hostile » envers leurs idéaux. Comment peuvent-ils résoudre ce problème ? Ils doivent « le saper, le contrecarrer... le détruire à la racine. »

« Si tu n'es pas parmi les meilleurs, tu ne devrais pas jouer contre les meilleurs. Ce ne sera pas de compétition, pas du sport. Plus tôt la FGC arrêtera d'être une bande d'égoïstes imbus d'eux-mêmes, plus tôt la scène pourra enfin croître. »
— Roovka (@Roovka_) 16/08/2018
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Les gens comme Richard Lewis sont de bons gardiens du temple qui feront ce qu'il est nécessaire arriver à leurs fins. Et s'ils ne peuvent pas, ils se moqueront de leurs détracteurs, leur sauteront dessus en bande en racontant des sornettes et jusqu'à ce que l’opposition abandonne. Si tu ne peux pas t'intégrer dans une culture, fais la tienne. C'est la façon de faire des conservateurs et c’est ce qui explique l’homogénéité qu’on trouve dans l’E-Sport. Tout ce qui dépasse ou diffère a été étouffé par une restructuration incessante des opinions. Mais la probable raison pour laquelle la FGC est aussi hostile à cette rhétorique, c’est que beaucoup de ses joueurs la vivent à un niveau plus personnel.

Voici une petite expérience amusante : retirez des tweets précédents les mots « joueurs pros », « les meilleurs », « ils » et « les losers » et remplacez les par « les riches », « les pauvres » et « les libéraux » respectivement. Y a-t-il une quelconque différence entre cette rhétorique et ce genre d’article ? Ou n'importe laquelle des autres élites sociétales qui sucent goulûment les riches ?

« L’ISF pénalise le financement de notre économie. Nous avons besoin de financer des PME et des start-up. »
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) 20/04/2017
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La réponse est non, il n'y a aucune différence, il s'agit exactement de la même rhétorique. Ces gens viennent promettre monts et merveilles, mais il ne s'agit que de verbiage afin de faire croire aux classes moyennes et pauvres qu'ils ne se font pas entuber. Ils veulent faire pencher la balance du côté qui les arrange indéfiniment, grâce à quoi ils pourront se faire autant d'argent qu'ils le souhaitent sans avoir personne dans leurs pattes pour questionner leur besoin d’avoir tout cet argent. Quelque part, le fantôme de Ronald Reagan salue ces braves gens qui ont réussi à se faire de bons gros revenus sur le dos des autres.

Une résistance difficile

Pour l'E-Sport, ce déséquilibre inhérent du pouvoir crée de très grosses difficultés pour les joueurs. Les grosses compagnies comme Valve et Capcom peuvent instaurer presque n'importe quelle règle. Les joueurs n’auront d'autre choix que de coopérer ou jouer dans des tournois et événements locaux ou associatifs, qui n'ont aucune chance face à la valeur de production, au prestige et aux prix qu'une entreprise peut apporter.

Capcom et Valve ont tous deux montré qu'ils n'avaient aucun problème à supprimer les aides accordées à leurs partenaires si jamais l'on essaie de se mettre entre eux et leur argent. Participer à ces événements signifie rentrer dans une course folle qu’on le veuille ou non. Tout comme les oligarques qui dirigent les États-Unis, ils ont l'argent, ce qui signifie qu'ils ont le pouvoir d'instaurer des politiques injustes. Cela n'est pas près de changer.

Le pire dans tout cela sont les chiens de garde tels que Richard Lewis qui aboient en meute sur ceux critiquant ce paradoxe délirant. La plupart des membres de la FGC américaine vient d'un milieu marginalisé et appauvri. Ils sont capables de sentir un escroc ou un menteur quand ils en voient un. Les gens comme Richard Lewis traitent la FGC comme de la merde parce qu'elle n'est pas assez obéissante. Mais une grande partie de la communauté du jeu de combat est suffisamment intelligente pour savoir qu’ils ne verront pas un seul centime de l’argent qui leur est promis.

Il n'y a actuellement pas ou peu de distinction entre « Amateur » et « Pro », donc les joueurs, à juste titre, ne tombent pas dans le panneau en discutant avec des gens comme Lewis. L'accès à leurs arguments habituels leur étant refusé, les promoteurs de l'E-Sport conservateur font des sophismes et aboient à la victimisation. Ils prétendent qu'ils se sont faits écarter parce qu'ils ont voulu offrir de la respectabilité à cette communauté de cassos. Ces gens-là finissent toujours par montrer leur véritable visage et il est presque toujours fortement empreint de mépris de classe.

Autant le fait que la FGC ait dit à Richard Lewis d'aller se faire voir ailleurs était appréciable, autant sa réponse au modèle actuel du Capcom Pro Tour, qui est organisé par des gens bien moins lunatiques chez Capcom, me pose toujours problème. Il n'y a pas eu grandes protestations envers les changements qu’a subi le Capcom Pro Tour en 2018. Très peu de joueurs ont souhaité exprimer leur mécontentement. D'ailleurs en cherchant, on peut constater que certains ont employé l’argument que ce tour n'était que pour les « Pros », et c'est comme ça.

« Je ne veux pas paraître condescendant parce que je partage la même opinion, mais ce que tu souhaites reste ton opinion. C'est clairement intitulé « Capcom Pro Tour ». Ils n'essaient même pas de l'édulcorer. Encore heureux que les événements resteront toujours ouverts, c'est la seule manière dont on pourrait les rendre inaccessible. »
— WSO Logan (@WSOLogan) 20/02/2018
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Durant l'un de ces nombreux caprices, Richard Lewis a laissé entendre que beaucoup des top players de la FGC pensaient déjà comme lui (que toute la communauté est retenue par sa classe moyenne) mais qu'ils ont trop peur de s'exprimer sous peine de répercussions. Même si Lewis est un bouffon, je suis prêt à le croire.

C'est la mentalité qu'engendre le modèle E-Sport actuel : les mauvais joueurs t'empêchent d’atteindre le succès que tu poursuis et mérites. Cette idée sème la discorde et fait croire qu'il faut séparer ceux qui « méritent » le succès de ceux qui ne le méritent pas. Et le problème, c'est que cela fonctionne. Il s'agit d'un signe, selon moi, que « détruire le problème à la racine » commence à fonctionner. En rendant les meilleurs joueurs suffisamment agacés et frustrés, ils pourraient bien finir par croire que la majorité empêche leur ascension. C'est nauséabond et cela ne me plaît pas.

« Il y aura bien plus d'invitationals avant que les cents et quelques tournois ouverts ne disparaissent. »
— Mike Ross (@thatMikeRossGuy) 30/03/2017
(Mike Ross a depuis supprimé son compte)
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« C'est le but personne veut regarder les pools frère. On aura pas de nouveaux spectateurs avec ces événements open brackets »
— FChampRyan (@FChampRyan) 30/03/2017
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Comme d'habitude j'aimerais signaler que beaucoup de gens se battent pour changer le statu quo et résister à l'attraction de l'E-Sport traditionnel. La FGC n'est que partiellement touchée et avec des d'événements « amateurs » qui grandissent chaque année, il pourrait y avoir un bouleversement du statu quo.

Mais pour cela il faut d’abord une réaction publique des personnes concernées, ce qui est très difficile pour elles. Les entreprises peuvent saboter ou mettre sur liste noire ceux qui ne leur plaisent pas. Je ne reproche pas aux gens de vouloir se faire de l'argent grâce aux jeux vidéo, surtout si c'est quelque chose qu'il aiment vraiment, mais pas quand seuls eux et leurs amis en bénéficient. Une communauté est constituée de douzaines de groupes itinérants et exclure la majorité des joueurs de ces groupes au profit d’une poignée de privilégiés ?

Non merci.

Traduit de l'anglais par Christophe Lopéré, corrigé par Franck Extanasié. Publié initialement le 18 aout 2018.

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