Bas Gros Poing - Les comics Street Fighter sont de sortie chez Urban Comics
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Les comics Street Fighter sont de sortie chez Urban Comics

Longtemps cantonnés aux sorties américaines, les comics Street Fighter ont enfin droit à une sortie chez nous via l'éditeur Urban Comics. Premier retour sur deux volumes bien différents mais complémentaires qui illustrent parfaitement la difficulté à travailler sur cette série légendaire.

S'il y a bien un exercice difficile avec la franchise Street Fighter c'est de produire du divertissement à son sujet, en particulier du divertissement narratif. L'ensemble des personnages de Street Fighter forme une masse d'histoires personnelles variées et intéressantes. Fort malheureusement si elles suffisent dans le cadre d'un jeu à caractériser un personnage, elles peinent à remplir une BD ou un film.

Confronté à ce problème, un scénariste possède alors le choix de combler les trous en créant personnages et situations inédites mais sort alors du canon ; ou s'en tenir au scénario principal de la saga Street Fighter tel qu'il est déclaré canon par Capcom, pour le meilleur et pour le pire. Ce qu'il y a de bien avec les deux albums que nous chroniquons aujourd'hui, c'est qu'ils prennent chacun une de ces directions et sont donc susceptibles de plaire à des publics aux exigences opposées.

Note : Les albums ont été fournis directement par Urban Comics.

Origines : Akuma

Dans ce Street Fighter Origines dédié à Akuma, les auteurs décident de combler les trous du passé d'Akuma pour servir l'histoire, quitte à sortir du canon pour en faire une meilleur récit. On prend donc plaisir à lire un scénario qui prend son temps, nous dévoile Akuma et Gouken dès l'enfance ainsi que leur père en exil. Leur entrainement auprès de Goutetsu et la lente mais inévitable chute de Akuma dans le Satsui no Hado.

Le récit profite de la liberté gagnée pour faire de Akuma un personnage entier dont l'évolution est plutôt bien menée. Dans sa quête de vérité via le combat et hanté par l'assassinat de sa famille, Akuma parcourt un Japon post guerre 39-45 qu'il ne comprend pas, une société qui évolue loin de ses propres valeurs et qu'il refuse d'accepter. Quand il retourne au Dojo sans avoir trouvé la réponse qu'il cherche, il apprend une vérité qui le fait devenir le personnage que l'on connaît. Vérité qui, d'une certaine manière, justifie ses actes et le démon qu'il devient.

En prenant ces libertés (dont une ou deux un peu maladroites mais on les pardonne aisément), ce Street Fighter Origines devient un album qui se suffit à lui même, capable de satisfaire un amateur de Street Fighter qui souhaite lire un bon scénario dans son univers favori, quitte à sacrifier le fan service sur l'autel du récit. Précisons que cet album est entièrement dessiné par un unique artiste et profite ainsi d'une cohérence visuelle appréciable, ce qui renforce cet aspect autonome. Le cahier de croquis en fin de volume est également bienvenu, les artistes y expliquant leurs choix et détaillant les libertés prises.

Génération alpha

Street Fighter Génération Alpha essaie tant bien que mal de suivre le récit canonique édicté par Capcom pour en faire une BD. Inutile de dire que si le défi est globalement relevé, il est difficile de trouver la cohérence narrative et visuelle que Origines Akuma possède. L'album est construit autour d'un récit central racontant le scénario de Street Fighter Alpha, dans lequel sont intercalés diverses histoires sous forme de flashbacks, nécessaires à compréhension de l'ensemble et dessinés par différents artistes.

On trouve ainsi pèle-mêle l'épisode du bandeau entre Ryu et Ken, le combat Ryu vs Sagat de Street Fighter 1, la création de Cammy et sa guérison par Rose... De petites histoires qui parlent si l'on connaît déjà l'intrigue mais qui n'introduisent pas suffisamment leurs protagonistes, comptant sur les connaissances du lecteur pour boucher les trous. Le récit principal manque ainsi de cohérence, chassant trop de lièvres à la fois en voulant respecter les contraintes d'un scénario immuable.

L'histoire principale d'Alpha étant déjà écrite (et bien connue), le peu de liberté dont profitent les auteurs est utilisée pour narrer la recherche de Nash par Chun-li et Guile ainsi que l'évolution de la relation amoureuse entre Ken et Eliza. Tout cela est très premier degrés et décolle difficilement. On peine à s'attacher aux personnages tant ce qui manque à cet album est simplement de l'écriture de scénario pour les développer. L'ensemble ressemble trop à un un wiki illustré de Street Fighter listant des moments canoniques sortis tous droits des fins du jeu.

Ainsi cet album, s'il fait plaisir en illustrant quelques moments importants de la série, ne tient pas la route tout seul. Il faudra soit rejouer aux jeux soit lire un wiki pour comprendre qui vient d'où et fait quoi. Malgré les efforts déployés, Génération Alpha a beaucoup trop le syndrome "BD adaptée de jeu vidéo" pour convaincre. Il est donc à réserver aux fans hardcore qui privilégient le scénario canon plutôt que la cohérence du récit.

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